Malgré avoir débuté sa carrière comme mannequin, Keesha Chung a mis du temps à se sentir belle. Ne se reconnaissant pas dans les images véhiculées dans les médias, elle a enfin réussi à mettre de côté son insécurité en rentrant à l’université. La clé? Laisser tomber les définitions de la beauté autres que la sienne et réaliser que tout est subjectif. Aujourd’hui, elle se sert de sa plateforme pour représenter l’authenticité, s’affirmer et créer de l’art pour les femmes noires afin qu’elles puissent s’y voir reflétées. Pour Keesha, c’est la différence qui fait la beauté.

Qu’est-ce qui te fait te sentir belle? « Mon travail et les gens avec qui il me donne l’occasion d’interagir me font me sentir belle. Ma conception de la beauté a vraiment changé. Lorsque j’étais plus jeune, cette vision était basée sur beaucoup de facteurs externes, sur mon apparence et la validation des autres. Une fois que j’ai trouvé ce qui me passionnait, j’ai vraiment compris que la beauté vient de l’intérieur. À partir de ce moment, j’ai commencé à me sentir belle, puissante et bien dans ma peau. »

Comment ta vision de la beauté a-t-elle évolué au  l du temps? « Tout s’est passé graduellement. Lorsque j’étais plus jeune, je ne me pensais pas intelligente; c’est quand je suis entrée à l’université et que j’ai commencé à prendre des cours que je trouvais plaisants et dans lesquels j’excellais que tout cela a changé. Et puis j’avais de la peine à me trouver belle, car il y avait tous ces construits sociaux entourant la beauté. J’ai mis du temps à me dire que j’étais attirante, intelligente et une personne à part entière. Que je n’étais comme personne d’autre : juste moi. »

Pourquoi la représentation et la diversité devraient-elles être indissociables? « En bout de ligne, les gens devraient pouvoir s’identifier à quelqu’un. Dans notre culture, tout est très homogène et on apprend que les choses sont d’une certaine façon. Mais lorsqu’on priorise la représentation de la diversité, cela nous permet de démanteler ces idées et les normes de beauté eurocentriques, qui s’avèrent problématiques et toxiques pour la plupart des gens. Parce que sur un plan global, il y a plus de personnes de couleur sur la planète que de blancs. Je trouve très troublant qu’une sorte de beauté particulière soit mise de l’avant, et j’en ai souffert lorsque j’étais enfant. J’ai grandi en ne voyant aucune représentation de femmes qui me ressemblaient. C’est très nuisible et cela crée beaucoup d’énergie négative en nous lorsqu’on n’a pas de modèles auxquels s’identifier. »

La représentation de différents types de beauté dans l’industrie t’a-t-elle affectée? « La campagne de Sephora est un très bon exemple du pouvoir de la diversité; et pas juste ses aspects externes comme la couleur de la peau, le type corporel, ou l’identité de genre. Cela montre aux jeunes  filles et aux femmes que même si on est belle d’une manière conventionnelle, on est aussi bien plus que cela. Quand j’ai commencé à être mannequin à 15 ou 16 ans, j’ai réalisé que j’obtenais beaucoup de validation de la part des gens. J’ai voulu baser toute mon identité là-dessus, et je n’accordais pas beaucoup d’importance à l’école. C’est ma mère qui m’a fait comprendre qu’il était important de continuer à développer d’autres aspects de ma personne. Le concept de la diversité, d’aller au-delà d’une représentation monolithique de la femme, est important. Il nous montre qu’on peut être plus d’une chose : intelligente, drôle, éduquée – on peut être tout ça. La diversité, c’est aussi représenter différents aspects de l’identité. »

Quels conseils beauté donnerais-tu à la version adolescente de toi-même? « Je me dirais que tout devient plus facile avec le temps, et que plus on s’acharne à rejeter qui on est vraiment, plus tout est difficile. Alors fais ce que tu as à faire, explore les chemins que tu as envie d’essayer, mais en bout de ligne, tu seras toujours toi. Et une fois que tu l’auras accepté, le monde l’acceptera aussi. »